Développement d'une politique de l'usage de ressources pédagogiques numériques accessibles

Contraintes liées à l'accessibilité

Comme on l'a vu, il ne suffit pas de respecter quelques consignes d'accessibilité pour que les étudiants handicapés puissent tirer partie de ces ressources en ligne. Il est nécessaire que l'accessibilité soit prise en compte à différents niveaux dans l'université. L'utilisation d'une chaîne de production de contenus est un plus qui devrait faciliter l'accessibilité des documents, à condition que ces outils prennent en compte ces contraintes afin qu'elles puissent être appliquées.

Accessibilité des contenus

Le premier aspect concerne bien sûr l'accessibilité des documents, et il est nécessaire de donner des consignes aux enseignants auteurs de supports numériques. Ces consignes doivent être suffisamment simples pour que les auteurs puissent se les approprier rapidement, et leur mise en oeuvre ne doit pas augmenter la durée de rédaction et de mise en forme de ces documents de façon excessive.

Les documents existants (WCAG par exemple) sont trop complexes et trop généraux. le projet ATAcc Web propose des ressources pour faciliter la mise en accessibilité des sites. On peut aussi trouver de nombreuses ressources sur le site AccessiWeb de l'association BrailleNet. Il semble pertinent aujourd'hui de tenter de constituer un guide adapté aux enseignants produisant des cours en ligne, en implicant des techniciens spécialistes de l'accessibilité, des enseignants auteurs et des étudiants experts de leurs outils. La présence d'enseignants est primordiale afin de garantir que les consignes proposées soient réalistes et puissent être respectées.

Des outils d'aide peuvent aussi être proposés. Il faut favoriser le développement d'outils de vérification de l'accessibilité et de validation des normes. En particulier pour les chaînes de production, de nombreuses fonctionnalités peuvent être implémentées pour améliorer l'accessibilité des documents résultants : avertissement des auteurs en cas de problème lié à l'accessibilité, demande de détails ou de contenus alternatif dans le cas de certains éléments identifiés ajoutés par l'auteur, etc. C'est d'ailleurs l'un des objectis du projet CAPA (Chaînes éditoriales Avancées pour des documents Pédagogiques Accessibles).

Adaptation des documents

Contrairement aux contenus que l'on trouve couramment sur le Web, ou une simple ligne de texte alternatif suffit à remplacer la plupart des images, les documents pédagogiques contiennent de nombreuses illustrations (photos, croquis, dessins, cartes, graphiques, etc. ) qui ont un important contenu, nécessaires à la compréhension du reste du document (voir les exemples proposés au cours de cette session). Ces illustrations peuvent contenir une grande partie de l'information transmise au lecteur. Dans la plupart des cas, ces illustrations vont nécessiter une description contextualisée de leurs contenus, qui peut être très détaillée, en fonction de l'objectif pédagogique du document. De plus pour certains étudiants (ayant une déficience visuelle) une adaptation en relief pourra être nécessaire. Un guide de lecture peut aussi être nécessaire, et ce dernier peut être très utiles à des étudiants ayant d'autres handicaps que les handicaps visuels. Pour les étudiants sourds ou malentendants, selon le niveau du document, une vidéo en LSF peut être utile. Ce peut être une interprétation de l'ensemble du document, mais on pourrait aussi imaginer une sorte de guide de lecture, un point d'entrée dans le document écrit.

Ainsi il ne s'agit pas d'une simple transcription mais d'une adaptation de ces documents. Cette adaptation requiert des compétences bien définies, pour lesquelles il existe des formations (voir par exemple la formation proposée par la FISAF). La description des images comme la réalisation de documents utilisables par des étudiants malvoyants ou aveugles peut représenter un travail considérable, selon l'image ou l'ensemble d'images considérés (de quelques heures à quelques jours). Une collaboration avec l'auteur du document est souvent nécessaire afin d'utiliser le bon vocabulaire, et de bien cerner le contexte pédagogique.

Les adaptations nécessitant un travail important (adaptation en gros caractères où en relief) sont en général créées à la demande pour un étudiant donné, notamment pour les étudiants malvoyants, en fonction de ces capacités visuelles (on utilisera pas le même format pour tous les étudiants - polices, tailles, interlignes, etc...). Un changement de format à partir d'une adaptation en gros caractères faite pour un autre étudiant, nécessitant une taille de police différente, sera bien plus facile à faire à partir d'une adaptation existante.

Il est important que le ces adaptation lorsqu'elles auront été réalisées pour un étudiant puissent être disponibles d'une façon ou d'une autre pour d'autres (et si possible mutualisées au niveau des universités). Dans ce contexte l'utilisation de chaînes de production, et de plateformes de distributions permettra un archivage et un accès plus facile aux adaptations existantes. Il est nécessaire de prévoir la possibilité d'adaptations optionnelles dans ses outils.

Accès aux documents par les étudiants

Ces supports doivent pouvoir être trouvés par les étudiants, et donc les plates-formes de distribution de ces documents (e.g. Moodle, Claroline, Dokeos, Chamilo, Sakai, Ganesha, etc....) doivent être elles-mêmes accessibles. La question peut se poser de savoir si il est pertinent d'adopter une plateforme unique à l'échelle de toute une université. En effet dans la situation actuelle, on trouve bien souvent, au sein de la même université, des plateformes nombreuses et variées. L'harmonisation présente de nombreux avantages, au niveau de l'administration d'abord, mais aussi par rapport à l'accessibilité. On n'aura pas à vérifier l'accessibilité de 36 plateformes. Le frein est le frein habituel : l'habitude. De nombreux collègues ont investi du temps dans l'apprentissage de l'utilisation de leur plateforme et ne voudront pas en changer facilement. Néanmoins il faut dire que les plateformes existantes proposent toutes plus ou moins les même fonctionnalités, et que l'appropriation des outils d'une nouvelle plateforme sera beaucoup plus simple. D'autres part elles sont souvent modulaires et de nombreuses fonctionnalités peuvent leur être ajoutées sous la forme de plugins ou modules d'extension.

Avant de porter son choix sur une ou l'autre plateforme, il est essentiel de considérer l'accessibilité de tous les outils associés à la distribution des contenus pédagogiques : exercices, tests, QCM, agendas, échanges avec les enseignants, partage de documents entre étudiants (projets), etc.

Vers une culture de l'accessibilité

Lorsqu'un travail sur l'accessibilité a été effectué sur un support ou une plate-forme, il faut s'assurer du suivi de l'accessibilité au fur et à mesure des mises à jour ou des évolutions de personnels. Il s'agit donc de faire émerger parmi les auteurs et les personnes chargées du développement et de la maintenance des plates-formes une culture de l'accessibilité, afin que tout ne soit pas remis en question lors du remplacement de personnels ou d'arrivée d'un stagiaire. Dans ce but il peut paraître nécessaire d'obtenir un discour fort de la part de la présidence de l'université dans ce sens.

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